Dieu a mis à la disposition de l’être humain tout ce qui est dans la vie
Dieu a donné une valeur unique à l’être humain, lui a confié le dépôt de la terre et l’a invité à jouir de toutes les bonnes choses. À l’origine, tout est permis (ḥalāl) car tout est bon. En islam il n’y a pas de péché originel mais une permission originelle ; l’interdit n’est qu’une limite exceptionnelle pour préserver de l’excès et de l’injustice.
Le ḥalāl et le ṭayyib
Réponse coranique à la question « qu’est-ce qui nous est permis ? » : tout ce qui est bon (al-ṭayyibāt) (Coran 5 : 4). Le ḥalāl (permis) et le ṭayyib (bon, sain) forment un couple conceptuel inséparable : une chose bonne ne doit pas être interdite, une chose mauvaise ne doit pas être permise. Exception : une chose ḥalāl mais pas ṭayyib, par exemple la nourriture industrielle et le fast-food ḥalāl, mauvais pour le corps, pour le « corps social » (repas de famille remplacé par repas individualiste), pour les animaux et l’écosystème. Le ṭayyib est toujours ḥalāl, mais le ḥalāl n’est pas toujours ṭayyib : le Coran invite à rechercher le ḥalāl ṭayyib.
Le ḥalāl et le ḥarām
Dieu n’agit pas de façon arbitraire : Il agit avec l’univers par une sunnah (loi universelle) et avec l’humain par un pacte originel, une Invitation (Da‘wah) à la justice et un Rappel à la sagesse. L’arbitraire n’existe que chez l’humain libre ; Dieu interpelle ceux qui déclarent interdites les bonnes choses qu’Il a permises (Coran 5 : 87). C’est parce qu’une chose est bonne qu’elle est permise, et parce qu’elle est mauvaise qu’elle est interdite : l’interdit préserve la santé, la raison, la moralité, la dignité, l’individu, la famille, la société, les générations futures (voir Coran 7 : 33). Les interdits alimentaires sont peu nombreux et se justifient par un mal supérieur au bien ; en cas de nécessité vitale, on peut consommer l’interdit sans reproche (Coran 2 : 170-173). Est aussi interdite la bête immolée pour une autre divinité, car remercier un autre que Dieu pour ces bienfaits est injuste. N’importe qui peut comprendre ce principe, même si les cas complexes demandent de consulter plus savant.
Quand le bien et le mal sont mêlés
Le Coran forme le discernement avec l’exemple des boissons enivrantes et des jeux de hasard : ils contiennent quelques avantages mais leur nuisance est plus grande (Coran 2 : 219) ; ils provoquent conflits, maladies, accidents, violences, endettement et injustice, et détournent du souvenir de Dieu (Coran 5 : 91). Les savants d’uṣūl al-fiqh en ont déduit que le vin transformé en vinaigre n’est plus interdit, car il a changé de nature.
Voir le bien et le mal dans le monde réel
La distinction vaut pour toute consommation et toute activité (par exemple le divertissement). L’islam vise à former une personne bonne (ṭayyibah), capable de vivre selon la vertu (voir Coran 16 : 97). Le bon ne se confond pas avec ce qui brille, est à la mode ou majoritaire (Coran 5 : 100). Exemples coraniques de « bon » : la bonne parole comme un bel arbre (Coran 14 : 24) ; la gestion juste des biens de l’orphelin (Coran 4 : 1-3) ; le choix d’une personne bonne pour se marier (Coran 24 : 26).
Exemples dans le Coran
Dieu met tout à disposition de l’humain pour qu’il en jouisse en toute innocence (Coran 2 : 168). Le mot ḥarām signifie interdit mais aussi « sacré », inviolable : le mois sacré et la mosquée sacrée de La Mecque (Coran 2 : 217). La vie humaine est sacrée : tuer arbitrairement est interdit, premier commandement enseigné aux fils d’Israël, tuer une personne équivaut à tuer l’humanité entière, en sauver une à la sauver toute (Coran 5 : 32).
Écosystème conceptuel
L’humain est Khalīfah, vice-gérant libre et responsable ; tout est à sa disposition (al-taskhīr) ; la vie est un cadeau, signe de la miséricorde (al-raḥmah). Sa mission : al-‘Umrân, transformer la terre en Jardin, former une civilisation juste. Équipé de sa fiṭrah, de bon sens, de raison, de cœur et de sens, il distingue le bien du mal en lui et autour de lui : dans les modes de soin, de transport, d’éducation, d’information, de gouvernance, quelles pratiques produisent plus de mal que de bien ? Permettre ce qui apporte plus de mal que de bien manque de bon sens, d’éthique et de sagesse.
Traduction et concepts voisins
- Pas d’erreur habituelle de traduction, mais le ḥalāl est souvent réduit à la viande alors qu’il concerne toute la vie.
- Garder les mots arabes en phonétique et les expliquer : ḥalāl = le permis (formule jugée plus simple que « licite ») ; ṭayyib = ce qui est bon, sain ; ḥarām = l’interdit (ou le sacré, inviolable selon le contexte).
- Concepts proches de l’interdit : khabīth, sharr, ithm, ẓulm, dhanb, khatī’ah, sayyi’ah, munkar, makrūh, faḥshā’. Proches du permis : ṭayyib, khayr, qiṣṭ. Contraires : ḥarām ↔ ḥalāl ; khabīth ↔ ṭayyib / khayr.
- Différences : le ḥalāl coranique s’oppose au péché originel chrétien (le monde est bon et innocent, on peut à tout moment se purifier, tazkiyah al-nafs, et réformer, al-iṣlāḥ) et au « casher » (monde plein d’interdits définis par les rabbins) : l’interdit est une exception. L’industrie du ḥalāl ne devrait imiter aveuglément ni les conceptions trop restrictives ni les trop libérales.
- Les catégories « moderne » / « traditionnel » ne permettent pas de bien juger : une chose peut être moderne et injuste, ou traditionnelle et bonne ; ce qui compte est la part de bien et de vérité ou de mal et d’erreur, souvent complexe, d’où l’intérêt de la sagesse (al-ḥikmah).