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Islam actuel : des clés pour dépolluer son regard sur le monde, pour explorer l’universalité et l’actualité de l’islam
Islam actuel

Al-salâm ‘alaykum ! Que la paix soit sur vous !

Bienvenue. Comprendre l’islam est aujourd’hui difficile devant l’hypermédiatisation des interprétations hasardeuses, individualistes et extrémistes. Pourtant, l’envie de le comprendre de façon objective, simple, globale, actuelle et universelle anime de plus en plus de femmes et d’hommes, de jeunes et de vieux, parmi les musulmans et les personnes d’autres religions et philosophies de vie.

L’institut de formation et de recherche Islam actuel explore l’universalité et l’actualité du Coran et de l’islam. Il vise à donner à chacun l’occasion de contribuer à un monde meilleur, grâce à une compréhension méthodique de l’islam et du monde : articles, synthèses de livres, traductions, vidéos, podcasts, rencontres publiques, universités d’été et formations.

En savoir plus sur notre approche →

الله

Islam actuel en bref

L’institut fait découvrir la voie vers la sagesse universelle à laquelle le Coran invite la famille humaine : une personne et une civilisation capables de jouir des belles choses de la vie tout en cultivant la vertu et la justice. Mais y a-t-il quelqu’un pour ouvrir son cœur et son intelligence sur cette sagesse et tenter de la vivre ?

62 : 2 · Coran

هُوَ الَّذِي بَعَثَ فِي الْأُمِّيِّينَ رَسُولًا مِّنْهُمْ يَتْلُو عَلَيْهِمْ آيَاتِهِ وَيُزَكِّيهِمْ وَيُعَلِّمُهُمُ الْكِتَابَ وَالْحِكْمَةَ

« C’est Lui qui a envoyé aux gens sans Écriture un messager issu d’eux, pour leur réciter Ses signes, les purifier et leur enseigner le Livre et la Sagesse. »

2 : 60 · Coran

كُلُوا وَاشْرَبُوا مِن رِّزْقِ اللَّهِ وَلَا تَعْثَوْا فِي الْأَرْضِ مُفْسِدِينَ

« Mangez et buvez de ce que Dieu vous a attribué, et ne semez pas la corruption sur terre. »

54 : 17 · Coran

وَلَقَدْ يَسَّرْنَا الْقُرْآنَ لِلذِّكْرِ فَهَلْ مِن مُّدَّكِرٍ

« Nous avons rendu le Coran facile pour la réflexion. Y a-t-il quelqu’un pour y réfléchir ? »

Dernières rencontres

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À propos

Un institut pour explorer l’actualité et l’universalité de l’islam

Notre approche

Former une personne complète

L’institut accueille chacun dans sa différence et son originalité et rappelle qu’à l’origine, nous avons un Dieu commun, nous faisons partie d’une même famille humaine, nous avons une sagesse commune à réaliser dans notre vie.

Il vise à former une personne complète et équilibrée, animée du désir de plaire à Dieu, d’une quête de justice et de vérité, de courage et de bienveillance, du désir de servir le Bien commun. Ici, la formation est plus qu’une information : un chemin pour grandir et contribuer à rendre son monde meilleur, qui repose sur deux piliers : comprendre le monde, et faire marcher le Coran dans la vie personnelle et collective.

1. Comprendre le monde

Comprendre Dieu, l’Homme, la nature, le sens de l’Histoire, les défis communs. Cela passe par la lecture des grands textes (pas par le fast-food intellectuel des vidéos de 2 minutes), par des pairs qui s’encouragent et des personnes plus expérimentées que soi. La connaissance doit être utile, mais aussi juste, éthique, au service du Bien commun.

2. Faire marcher le Coran

La formation se vit dans les relations : un repas, une discussion, un art, un sport, un conseil, un conflit à traiter, un projet à mener. Pas de spiritualité ni d’épanouissement sans engagement concret : don de soi, fraternité, bienveillance, esprit critique et justice.

Interrogée sur la vie quotidienne de son mari, le prophète Muhammad ﷺ, Aïcha رضي الله عنها a répondu :

Il est à l’image d’un Coran en marche.

كَانَ قُرْآنًا يَمْشِي عَلَى الْأَرْضِ

Notre nom : Islam actuel
Notre nom

« Islam actuel » : le sens que nous avons choisi

Deux images bloquent l’imagination : l’islam du radicalisme et du terrorisme chez une partie de la société, l’islam des béni-oui-oui, conformistes à la modernité et soumis au pouvoir, chez une partie des musulmans. Comme si l’islam ne pouvait avoir aujourd’hui qu’une réalité négative.

Choisir un nom, c’est choisir une direction. Le mot « actuel » dit que l’islam est toujours d’actualité, quels que soient les contextes et les époques : une voie universelle qui prend en compte la diversité des cultures, une Annonce (Bushrâ) et une Invitation (Da’wah) pour tous à jouir des belles choses de la vie, à exercer sa raison, à résister à l’injustice et à rendre le monde meilleur.

L’islam doit-il « s’adapter » à tout ?

Chaque époque a ses modes, ses idoles, ses folies. Du temps de l’Europe nazie ou de la France coloniale, il ne fallait pas s’adapter à l’ordre dominant. Face à la crise écologique et aux injustices mondiales, peut-on simplement s’intégrer, trouver un job, manger bio et se développer dans son petit coin ? L’animal s’adapte pour survivre ; l’Homme évalue, critique, résiste et transforme son environnement. L’islam n’est jamais le perroquet d’une époque.

  • L’islam est toujours actuel, car aucune époque ne doit être considérée comme un dieu infaillible.
  • Il est toujours critique : envers le passé et le présent, envers les « Nous » et les « Autres ».
  • Il a quelque chose d’essentiel à dire aujourd’hui comme hier.

Animer Islam actuel, c’est diffuser de la joie et former une intelligence collective critique, animée du sens de la sagesse et de la justice : la meilleure chose que nous proposons d’offrir à notre monde moderne.

Notre philosophie

Affronter la crise de la relation Homme-Dieu-Nature

Avant d’être financière, politique ou sanitaire, la crise la plus profonde de notre époque est une crise de la relation Homme-Dieu-Nature. Le progrès comme l’individualisme ont montré leurs limites : la Terre est le miroir de nos sentiments, de nos idées et de nos actes (cf. Coran 30 : 41).

Reconnaître que Dieu est la Réalité, c’est accepter de vivre sur Terre comme dans une Maison commune, où chacun collabore avec chacun, s’encourage à faire le bien et à résister à l’injustice. L’islam est une invitation universelle à bâtir ensemble un monde plus juste, où chacun peut goûter à une part de Paradis sur Terre tout en assurant sa réussite dans la vie dernière.

Notre philosophie : bâtir ensemble un monde plus juste
Une oasis pour le grand voyage intérieur

Une oasis pour faire le grand voyage intérieur

« Il faut avoir le bac, réussir sa carrière, s’épanouir… » À l’école et à l’université, on se spécialise pour réussir, sans s’interroger sur le sens de la vie. L’institut accompagne étudiants et jeunes professionnels : à quoi je sers ? Que puis-je faire pour devenir meilleur et rendre le monde meilleur ? Qu’est-ce que Dieu attend de nous ?

Une Oasis spirituelle et intellectuelle pour faire une pause, reprendre des forces et repartir dans le désert de la vie avec un cœur plus pur, un discernement plus juste, une volonté plus ferme.

L’étudiant musulman

L’étudiant musulman que nous voulons former…

  1. 1

    L’étudiant a une attention dispersée.
    Nous l’aidons à se focaliser sur l’essentiel.

  2. 2

    Il a du mal à faire des liens entre le Coran et sa spécialité universitaire. Nous l’aidons à comprendre l’actualité de l’islam et à former une pensée à partir des concepts du Coran.

  3. 3

    Il a du mal à exercer son esprit critique vis-à-vis des théories et concepts appris à l’université. Nous l’aidons à faire du Coran une source pour former son jugement critique.

  4. 4

    Il a du mal à s’engager, à persévérer, à être déterminé. Nous l’aidons à faire de sa vie un engagement durable.

  5. 5

    Il ne sait pas toujours pour quoi s’engager. Nous l’aidons à développer le sens du Bien commun.

Notre équipe

Un institut pour explorer l’actualité et l’universalité de l’islam

Mohamed
Mohamed
Fondateur, directeur
Amani
Amani
Événements
Thomas
Thomas
Éditeur
Zineb
Zineb
Web, design
Johanna
Johanna
Communication
Camille
Camille
Podcast
Abdelhafid
Abdelhafid
Événements
Meher
Meher
Événements
Hibba
Hibba
Communication

Informations pratiques

L’institut Islam actuel est une association à but non lucratif. C’est un institut nomade dont les formations se font en partie chez son réseau de partenaires. Il se cherche un lieu, un local, pour remplir sa fonction d’Oasis spirituelle et intellectuelle au cœur de Paris.

L’équipe se compose de personnes engagées bénévolement, en Île-de-France, et s’appuie sur un réseau de contributeurs en France, au Maghreb, aux États-Unis d’Amérique et en Malaisie.

Une équipe en construction

Nous cherchons des personnes sérieuses, dynamiques et autonomes pour lire, synthétiser, mener des recherches thématiques, diffuser, animer les réseaux sociaux, collecter des dons… Bienvenue à vous !

Rejoindre l’équipe
Notre écosystème

Affronter la complexité du monde en écosystème

Aucune personne, institution ou société ne peut s’auto-suffire pour comprendre le monde et le rendre meilleur.

L’institut développe sa capacité à comprendre le monde actuel et la sagesse universelle du Coran grâce à l’expérience d’un réseau d’universités, d’instituts, d’associations, de mosquées et de personnes ordinaires. Cet écosystème est aujourd’hui une source d’inspiration que nous voulons faire grandir en Alliance au service du Bien commun.

L’institut reste indépendant, comme chaque acteur de l’écosystème. Là où les divergences imposent une limite, chacun est responsable de ses discours et de ses actions.

Comprendre le monde actuel

Bruno LatourEva IllouzEmmanuel ToddJean-Marc JancoviciAlain GreshAlfredo Pena-VegaÉric SadinFranck LepageGilles LipovetskyNormand BaillargeonPaul ArièsPierre TevanianThe Shift ProjectMédialabData GueuleFondation Saint-ExupéryInstitut des Futurs SouhaitablesRéseau des Écoles Citoyennes

Agir pour le bien commun

Claire & Marc Héber-SuffrinDidier MinotFrançois JullienThérèse HargotYann Arthus-BertrandJulie GrazianiIsabelle SanchoSophie Poirot-Delpech

Comprendre l’islam

Anas Ahmed LalaHassen AmdouniLyès ChacalAbdelouhad JahdaniFaouzia Zebdi GhorabFethallah OthmaniHichem ElarafaMohamed OudihatJonathan A.C. BrownMalika HamidiZainab al-AlwaniInstitut Oussoul EddineMaison IslamUniversité Ibn ZohrAl-Mawrid InstituteInstitut ShatibiInstitut YaqeenIIUM

Comprendre les musulmans

François BurgatOlivier RoyRaphaël LiogierVincent GeisserNilüfer GöleHenry LaurensPierre LorySadek Sellam
Projets

Ce que nous avons réalisé, ce que nous construisons

Université d’été, podcast, publications, bourses de recherche.

Université d’été

Islam : une vision du monde

Une formation globale intellectuelle, morale et spirituelle pour étudiants de toutes disciplines, de la première année de licence au doctorat, afin de développer leur capacité à s’engager sur les grandes questions de notre temps à la lumière de l’islam comme sagesse universelle et actuelle.

Éditions 2021 et 2023 (dernière édition : du 26 août au 2 septembre 2023, 40 participants). Conférences de professeurs de France, du Maroc, de Malaisie et des États-Unis, ateliers, promenade à vélo, canoë, randonnée.

Mumtaz AliMumtaz AliPensée islamique · IIUM, Malaisie
Zainab AlwaniZainab AlwaniÉtudes islamiques · Howard University, États-Unis
ABAbdelaziz BerghoutVision islamique du monde, pensée de Malek Bennabi
Imtiyaz YusufImtiyaz YusufIslam et connaissance · ISTAC-IIUM
Abdelouahad JahdaniAbdelouahad JahdaniUsûl al-fiqh · université Ibn Zohr, Agadir
Mohamed OudihatMohamed OudihatConduite du changement · auteur des Concepts du Coran
Jaquette du podcast Les Clés du Coran
Livre audio

Les Clés du Coran

Un podcast qui invite à se réformer par un effort patient et méthodique pour comprendre le Coran par le Coran, sans en déformer le sens. Il fait avancer dans la compréhension des sourates al-Fâtihah et al-Baqarah et introduit la méthode simple développée par Shaykh Tâhâ Jâbir al-‘Alwânî.

Comment ne pas se perdre dans sa compréhension du Coran ? Quelle sagesse universelle nous révèle-t-il sur la vie, le monde, l’homme, la réussite, le conformisme, l’esprit critique ? Quelle voie mène aux deux bonheurs ?

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Bourses d’étude et de recherche

Tu veux rejoindre des étudiants qui partagent leurs questionnements sur des projets de recherche utiles, en lien avec l’islam ? Rejoins notre groupe Telegram. D’abord, envoie-nous un mail avec ta présentation, ton dernier diplôme, ton sujet de recherche, ton besoin et ce qui te motive.

Des bourses en master et en doctorat sont proposées en partenariat avec l’International Islamic University Malaysia.

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Podcasts

Un talk-show en direct, et un podcast à écouter sur votre application préférée.

Affiche du talk-show en direct « Le Grand RE-placement : remettre les choses à leur place », avec Islam actuel et Marseille refaire société
Talk-show en direct

Le Grand RE-placement

Remettre les choses à leur place.

Un podcast en direct pour remettre les choses à leur place. Le vendredi soir, des invités d’horizons différents et un public se retrouvent autour de la table, en salle à Marseille ou à Paris, et en ligne, pour sortir des faux débats et penser en grand, avec l’islam comme ressource universelle.

Premier directVendredi 27 novembre à 20h
Lien à venir

Autour de la table

Le vendredi soir, des invités d’horizons différents et un public.

En salle et en ligne

À Marseille ou à Paris, et en direct pour celles et ceux qui suivent en ligne.

Penser en grand

Sortir des faux débats, avec l’islam comme ressource universelle.

Les Clés du Coran
Livre audio

Les Clés du Coran

Un podcast qui invite à se réformer par un effort patient et méthodique pour comprendre le Coran par le Coran, sans en déformer le sens. Il fait avancer dans la compréhension des sourates al-Fâtihah et al-Baqarah et introduit la méthode simple développée par Shaykh Tâhâ Jâbir al-‘Alwânî.

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Transformer les questions collectives en projets de recherche utiles

Bourses d’étude et de recherche, en partenariat avec l’International Islamic University Malaysia.

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Les familles, les mosquées, les associations, les instituts et la société ont besoin de traiter des problèmes majeurs : comment éduquer à l’islam à l’école primaire ? Comment cultiver l’unité de la diversité ? Islam actuel veut transformer ces questions collectives en projets de recherche utiles, pour faire parler le Coran sur les questions de la vie réelle.

  • Bourse d’étude en Master ou de recherche doctorale, en lien avec l’islam
  • Sciences humaines ou naturelles
  • En partenariat avec l’International Islamic University Malaysia
  • Langue des études : anglais et/ou arabe

Comment rejoindre le groupe de recherche

  1. 1

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Un exemple de projet

Quelle est la philosophie islamique du vêtement ?

C’est la question que Kenza, étudiante en anthropologie, veut approfondir dans sa recherche doctorale : en quoi la Modest fashion ou le minimalisme reflètent-ils la façon dont l’islam marie l’esthétique et la morale ? Sa recherche servira de base pour produire des supports pédagogiques pour les écoles musulmanes, les mosquées et les parents.

Lire le projet de Kenza
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Publications, inscriptions, bourses, podcast : tout ce qui s’est passé à l’institut.

Livres

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Ouvrages, synthèses et traductions publiés par Islam actuel.

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Le Coran : la voie universelle pour sortir de l’obscurantisme

Coran & méthode, Spiritualité & éthique

Le Coran : la voie universelle pour sortir de l’obscurantisme

Introduction

Qu’est-ce qu’al-jāhiliyyah ? On définit souvent ce concept par « l’époque de l’ignorance », avant que l’islam ne se révèle. Est-ce juste ? Avant que l’islam ne se diffuse, le monde était-il totalement plongé dans l’ignorance ou bien y avait-il aussi une part de bien et de vérité ? Et à partir de la diffusion de l’islam, le monde a-t-il cessé d’être ignorant et obscurantiste ? Bref, quels sens le mot jāhiliyyah a-t-il dans le Coran ? Qu’est-ce qu’il désigne ? Quels sont ses synonymes et ses opposés ?

Al-jāhiliyyah ou l’obscurantisme : une tendance humaine universelle

Dans le Coran, al-jāhiliyyah ne renvoie ni à une époque ni à une géographie particulière. Autrement dit, al-jāhiliyyah n’est pas simplement « l’époque d’avant l’islam ». C’est une tendance, un état d’esprit, une façon de raisonner et de juger, une façon de voir Dieu et le monde, une façon d’être, d’agir et de vivre. C’est une tendance qui peut être individuelle, collective ou sociale.

Toute personne, de toute religion et philosophie de vie, y compris musulmane, peut être atteinte de jāhiliyyah dans sa façon de penser, d’agir et de vivre. C’est une tendance universelle présente dans la nature même de l’homme.

En effet, lorsque Dieu propose à l’ensemble de la création al-amânah, le dépôt de la liberté et de la responsabilité de faire le bien et le mal, tout le monde a refusé à l’exception de l’homme. Ce dernier, nous informe Dieu, a fait ce choix par ignorance (Coran 33 : 72). Autrement dit, par nature, toute personne a tendance à laisser son ignorance la guider ou plutôt l’égarer dans ses choix.

Ainsi, l’ignorance est un trait de caractère de l’être humain. Mais ce n’est pas un état définitif : on peut être dans al-jāhiliyyah aujourd’hui et bien s’orienter demain, en rejoignant la sagesse que l’islam vient rappeler. A l’inverse, on peut être sur la voie de l’islam aujourd’hui, et tomber dans l’obscurantisme demain. On peut ignorer une vérité aujourd’hui mais on est capable de progresser dans sa connaissance du monde grâce à un effort continu et méthodique.

Il arrive de mal penser et de mal agir par ignorance, par manque de discernement, de connaissance et de sagesse. Dans ce cas, Dieu est prêt à pardonner à condition de se réformer, de faire l’effort de vivre, de penser et d’agir selon la sagesse (Coran 16 : 119).

Mais il arrive aussi que l’on pense mal et que l’on fasse le mal par confort, par habitude, par intérêt, par esprit de rebellion, par réaction, par perversion ou par injustice. Cela n’est plus simplement dû à l’ignorance : c’est un choix assumé. Al-jāhiliyyah n’est pas la tendance à faire le mal à cause d’une simple ignorance : ce peut être le mal que l’on fait en fermant les yeux, faute d’exercer sa raison, son esprit critique et sa responsabilité sociale. Ou encore, ce peut être le mal que l’on fait volontairement, par méchanceté ou perversion personnelle.

La vie de chacun est un combat, jusqu’au dernier souffle, entre la Lumière (al-nūr) ou la tendance vers le bien, et les ténèbres (al-ẓulumāt) ou la tendance vers le mal.

Al-jāhiliyyah est synonyme de penser et d’agir de façon injuste, par exemple : suivre ses passions ; confondre son opinion personnelle avec la vérité objective, suivre la bêtise ; imiter aveuglément sa tradition, ses chefs politiques et religieux ; avoir un comportement « animal », c’est-à-dire irréfléchi, immoral, cruel, violent… Le mot jāhiliyyah peut se traduire par « ignorance » mais aussi par « obscurantisme » et « barbarie ».

Al-jāhiliyyah s’oppose à toute une série de concepts : al-nūr (la Lumière), al-islâm (l’islam), al-ḥikmah (la sagesse), dīn al-qayyim (la voie ou la religion), al-insāniyyah (les caractéristiques propres à l’humain, par opposition à l’animal), al-‘ilm (la connaissance), ḥusn al-khuluq (la vertu), al-qisṭ (la justice), etc.

Al-jāhiliyyah, c’est l’obscurantisme intellectuel, dans sa façon de penser

Al-jāhiliyyah, c’est l’obscurantisme intellectuel, dans sa façon de penser Dieu et le monde. L’obscurantisme intellectuel est le résultat de la confusion entre ses désirs et la réalité, du conformisme aveugle, de l’absence d’esprit critique et de méthode. En somme, l’obscurantisme intellectuel est le résultat d’une mauvaise utilisation de ses qualités et de ses pouvoirs d’être humain, au point de fonctionner à l’image d’un animal conditionné par des stimuli (la peur, la faim, le désir…) sans exprimer sa liberté en faisant des choix de valeur…

Al-jāhiliyyah, c’est l’absence d’esprit critique et de méthode dans sa façon de penser Dieu

Chacun d’entre nous peut voir le monde tout en étant affecté par une part de jāhiliyyah, d’ignorance, de préjugés, de biais, de fausses croyances, de fausses théories, de fausses idées…

Il est facile de confondre Dieu l’Unique avec d’autres divinités, de confondre la sagesse avec d’autres discours humains qui lui ressemblent, de confondre le Vrai, le Bien et le Juste avec leurs contrefaçons (Coran 12 : 106).

Par obscurantisme, on peut ainsi confondre l’islam et le communautarisme, l’islam et le nationalisme, l’islam et le racisme, l’islam et le discours du dominant ou de la mode du moment…

Agir par obscurantisme, c’est agir par réflexe, par opposition, par peur, ou par imitation, sans prendre le soin de vérifier si son action est bonne, basée sur la réalité ou la vérité. C’est le cas de ceux qui insultent Dieu lorsqu’ils se sentent insultés (Coran 6 : 108 : ne pas insulter ceux que les gens invoquent en dehors de Dieu, de peur qu’ils n’insultent Dieu par hostilité et par ignorance).

Agir par obscurantisme, c’est agir en imitant aveuglément la tendance dominante de sa communauté ou de sa société. Par exemple, les enfants d’Israël ont suivi la religion de Moïse. Mais en même temps, ils se sont sentis trop « différents » et « marginaux » comparés aux autres qui continuent d’adorer des idoles. Animés d’un complexe d’infériorité et d’une tendance conformiste aveugle, ils ont demandé à Moïse de leur donner également des idoles, à l’image des autres. Moïse leur répond : « Vous êtes un peuple d’ignorants ! » (Coran 7 : 138).

L’obscurantisme se manifeste ici dans le fait d’agir par imitation aveugle en prêtant à des idoles des qualités et un pouvoir que seul Dieu l’Unique possède. Plus largement, c’est espérer que les dieux fabriqués par les mains de l’Homme, que des êtres invisibles ou que la sorcellerie soient capables de réaliser les désirs d’une personne ou d’une société : la santé, l’amour, le bonheur ou la réussite…

Par ailleurs, on peut avoir sur Dieu une image fausse et injuste, une conception basée sur l’ignorance et l’obscurantisme. Par exemple, lorsqu’on traverse une épreuve dans sa vie, on peut se mettre à avoir des pensées négatives sur Dieu et à penser que la seule chose qui vaille la peine, c’est de penser à soi-même, à sa vie immédiate, à ses intérêts et à son bien-être. Ce sentiment de peur conduit vers l’obscurantisme, vers une mauvaise hiérarchie des valeurs et vers une façon de vivre égoïste (Coran 3 : 154).

Au niveau de la conception du monde, l’obscurantisme se manifeste par exemple dans le fait de reconnaître que l’univers est parfaitement organisé, que toute l’intelligence humaine ne saurait reproduire cette perfection, que tout effet a une cause… Et paradoxalement, c’est se satisfaire d’une explication magique d’un monde existant « comme ça », sans Créateur. Cette mauvaise conception de Dieu et du monde entraîne un obscurantisme dans la vie pratique : la confusion et le relativisme dans la définition du bien et du mal, ce qui entraîne des excès ou de l’indifférence sociale face au mal.

Au niveau de la conception de l’Homme, l’obscurantisme se manifeste par exemple dans le fait de se croire à l’image de Dieu, de croire que l’on est tout-puissant. Par conséquent, l’obscurantisme se manifeste sous la forme d’un refus que la vie soit limitée, qu’il y ait des limites à sa volonté. Dieu éduque son prophète (paix sur lui) pour que ce dernier ne tombe pas dans cette forme de jāhiliyyah, dans ce sentiment de toute puissance en croyant pouvoir guider les gens qui ne le veulent pas. Dieu a le pouvoir de les guider mais Il a donné à chacun la liberté de choisir sa voie (Coran 6 : 35).

Al-jāhiliyyah, c’est l’absence d’esprit critique et de méthode dans sa façon de penser les choses de la vie

Une personne tombe dans la jāhiliyyah lorsqu’elle utilise mal son pouvoir de réflexion et d’observation. Autrement dit, lorsqu’elle perd ses capacités humaines, lorsqu’elle raisonne et agit à l’image d’un animal, ou pire encore, car l’animal utilise pleinement ses facultés limitées. L’homme perd sa qualité humaine lorsqu’il utilise mal son pouvoir de réfléchir alors qu’il en a les moyens, alors que le monde et que les livres sont à sa disposition. Il devient à l’image d’un âne qui porte des livres dont il ignore la valeur et dont il ne se sert pas (Coran 62 : 5).

Au niveau intellectuel, l’obscurantisme se manifeste par exemple dans le fait d’avoir des convictions personnelles et de réagir en fonction de croyances non vérifiées, de peurs plus que sur la base d’une enquête ou d’une réflexion méthodique. L’obscurantisme, c’est le fait d’encombrer son esprit d’informations sans parvenir à distinguer ce qui est fondé de ce qui n’est que pure supposition ou idée fausse.

Autrement dit, c’est une absence d’esprit critique, une forme de naïveté face aux informations mensongères qui circulent au quotidien (Coran 49 : 6 : vérifier les nouvelles apportées par une personne mal intentionnée, de peur de nuire par ignorance à certaines personnes).

Une famille, une communauté ou des sociétés qui se basent sur de fausses informations pour décider de leurs relations d’hostilité ou d’alliance finissent par créer une crise de confiance ainsi que la division généralisée.

Al-jāhiliyyah, c’est la tendance à confondre le Bien et ce qui me fait du bien

Quelles sont les caractéristiques de cette façon de juger propre à la jāhiliyyah ?

C’est la tendance à faire des choix en se basant sur ses désirs personnels, sur ce qui plaît ou ce qui fait du bien, plus que sur le bien et la justice. C’est aussi se référer à la justice et à la morale quand cela arrange et à s’en détourner lorsqu’on se sent dérangé ou limité dans ses désirs. Cette façon de penser conduit nécessairement à participer à l’injustice sur terre (Coran 5 : 48-49 : juger d’après ce que Dieu a révélé, ne pas suivre les passions, « surpassez-vous en bonnes actions »).

Al-jāhiliyyah, c’est la tendance à confondre le Bien et les intérêts de sa communauté

Une personne tombe dans la jāhiliyyah lorsqu’elle confond le Bien commun avec les intérêts de sa communauté culturelle, religieuse, politique ou socio-économique. Elle considère alors que tout ce que pense et fait sa communauté est bon, vrai et juste. Le mal et l’injustice, ce sont les autres. Cette façon de raisonner est une forme d’égoïsme collectif, communautariste, nationaliste ou ethnocentré.

L’obscurantisme se manifeste sous la forme d’un égoïsme collectif où chaque membre peut être solidaire avec sa communauté même dans l’injustice, et où il peut être hostile aux autres, même s’ils sont dans la justice. L’obscurantisme commence par l’obéissance aveugle à sa communauté d’appartenance (religieuse, culturelle ou socio-politique) ou à sa nation, et par le conflit aveugle contre ceux qui n’en font pas partie. Cet obscurantisme conduit vers l’injustice collective. Le prophète invite chacun à une façon d’agir plus sage : « Si quelqu’un s’engage au combat par allégeance aveugle à tel ou tel groupe ou par hostilité aveugle contre tel ou tel groupe, et qu’il est tué au combat, alors il meurt dans un état d’ignorance » (Ḥadīth Ṣahīh al-Bukhārī, Livre 72, n° 779).

L’amitié, la fraternité, l’entraide et la solidarité, ou au contraire, le conflit et l’opposition ne doivent pas être définis par l’égoïsme collectif d’une communauté donnée.

Les situations de conflit font souvent ressortir les tendances obscurantistes ou les mauvaises habitudes culturelles et morales qu’on n’arrive plus à maîtriser. Les tendances obscurantistes sont à l’image d’un volcan qui semble éteint mais qui peut ressurgir à tout moment. Par exemple, un jour une dispute éclate entre deux compagnons : Bilal qui était noir et esclave, et Abū Dharr. Ce dernier, pour faire mal au premier, l’humilie en lui rappelant que sa mère est une étrangère (une non-arabe et peut-être une esclave). Le compagnon humilié se plaint auprès du prophète. Ce dernier a dit alors ceci à Abū Dharr : « Tu es quelqu’un en qui il est resté un trait jāhilī (obscurantiste). Ce sont vos frères ! » (Ḥadīth Ṣahīh al-Bukhārī 30).

Le prophète a pour vocation de civiliser l’Homme, de le rendre meilleur et plus juste. Il rappelle ici à un compagnon qui croit qu’un esclave ou qu’un non-arabe est un sous-homme, que par nature, on est tous frères et créatures d’un seul et même Dieu.

Au sein de la civilisation islamique, le racisme, le tribalisme, l’ethnocentrisme et le conflit de classes existaient encore sous la forme d’irruption de pensées et de comportements obscurantistes. Le prophète exposait aux gens la sagesse du Coran pour civiliser ces tendances obscurantistes : « Ô vous les gens ! Votre Seigneur n’est-Il pas Un, et votre père n’est-il pas un ? Un arabe n’est pas supérieur à un étranger, et un étranger n’est pas supérieur à un arabe. Un blanc n’est pas non plus supérieur à un noir, et un noir n’est pas non plus supérieur à un blanc. La seule différence au regard de Dieu est la piété » (Ḥadīth Aḥmad).

L’obscurantisme arabe encourageait la solidarité du « Nous contre les autres » indépendamment du souci de justice. Par exemple, cette façon de penser s’illustre à travers ce proverbe populaire : « Apporte ton aide à ton frère, qu’il soit injuste ou opprimé » (Fat’h al-Bârî, Tome 5, commentaire de 2311).

Le prophète Muhammad (paix sur lui) a repris cette formule en en réformant le sens : « Apporte ton aide à ton frère, qu’il soit injuste ou opprimé. Empêche-le d’accomplir son injustice, c’est ainsi que tu pourras l’aider ! » (al-Bukhārī n° 6952 et Muslim n° 2584).

Apporter son aide à son frère lorsqu’il subit une injustice est un conseil sage qui se comprend facilement. Mais apporter son aide à son frère alors qu’il est coupable d’injustice, aucune sagesse ne peut le soutenir.

Le prophète rappelle à chacun d’entre nous que nous avons un devoir d’assistance aux membres de notre famille ou de notre communauté qui se comporteraient de façon injuste, précisément en résistant à leur injustice, par le conseil, par la critique et par l’action appropriée.

Autrement dit, nous ne devons pas être solidaires avec les nôtres en cautionnant ou en participant à leur injustice. Nous devons exprimer notre solidarité en nous encourageant mutuellement au bien et en résistant à l’injustice (Coran 5 : 2 : « Soyez solidaires dans la piété et la crainte de Dieu et non dans le crime et l’agression »).

Al-jāhiliyyah, c’est l’obscurantisme moral, dans sa façon d’agir et de vivre avec les autres

Al-jāhiliyyah, c’est l’obscurantisme moral, dans sa façon d’être et d’agir envers Dieu, envers les autres et envers la nature.

L’obscurantisme dans la vie de couple

Dans les relations homme-femme, l’obscurantisme peut se manifester de différentes manières : par exemple, dans l’image dévalorisante que les hommes peuvent avoir des femmes et dans le mauvais traitement qui en résulte. En ce sens, dans la culture arabe d’avant l’islam, les hommes se croyaient supérieurs aux femmes par nature. Ils croyaient qu’ils pouvaient exiger tout d’elles sans avoir aucune obligation de respecter leurs droits en retour.

Les musulmans qui ont adhéré à la voie de Dieu ont accepté que l’islam réforme et civilise leurs sentiments, leurs idées et leurs comportements. En ce sens, par exemple, le compagnon Omar ibn al-Khattâb raconte au jeune ibn Abbâs comment l’islam a civilisé le rapport que les hommes entretenaient à l’égard des femmes : « Dans la jāhiliyyah, nous n’avions pas de considération pour les femmes. Puis, lorsque l’islam et que Dieu se sont exprimés sur le sujet, nous avons commencé à comprendre qu’elles avaient des droits sur nous (…) » (Ḥadīth Ṣahīh al-Bukhārī, n° 5505).

De nos jours, parmi les discours féministes, se développe un nouvel obscurantisme inversé qui peut se résumer ainsi : « Dans un conflit homme-femme, tout ce qu’une femme dit est vrai, et tout ce que dit un homme est faux ». Le bien est désormais synonyme de féminin et le mal est synonyme de masculin. La solidarité entre femmes est devenue un devoir moral indépendamment de la justice. Cet extrémisme se comprend facilement mais il reste un extrémisme.

Par ailleurs, l’homme et la femme ont différents pouvoirs : le pouvoir de connaître, de convaincre, d’agir, de séduire, d’éduquer, d’exercer une autorité… Pour chaque pouvoir possédé, il y a une responsabilité. L’obscurantisme commence lorsqu’on fait un mauvais usage de ses pouvoirs, lorsqu’on les utilise en provoquant du mal et de l’injustice autour de soi. Par exemple, en tant que professionnel de la santé, on peut faire un usage injuste de son intelligence en la mettant au service d’une entreprise ou d’une institution qui dégrade la santé publique plus qu’elle ne la soigne.

De même, dans les relations homme-femme, on peut séduire une personne par jeu, par désir de dominer, sans vouloir s’engager de façon responsable. Ces attitudes sont des formes d’obscurantisme car elles créent des malentendus, des attentes, des conflits et des souffrances dans la société. Il existe d’autres façons d’être, de cultiver l’amour entre un homme et une femme, qui sont plus justes.

À titre d’illustration, dans le Coran, Dieu alerte les femmes du prophète contre cette tendance humaine obscurantiste qui consiste à être dans la séduction avec les autres alors même qu’on est déjà marié (Coran 33 : 32-33). Cette tendance est d’autant plus destructrice qu’il s’agit des femmes du prophète, des femmes qui ont une valeur sociale particulière, des femmes qui peuvent être instrumentalisées pour affecter l’intégrité d’une personnalité publique.

A travers cet exemple coranique, on comprend que dans les relations homme-femme, al-jāhiliyyah, c’est aussi l’ignorance des impacts de nos actes sur l’autre, sur la crise de confiance et la souffrance que l’on peut provoquer chez l’autre, parfois sans s’en rendre compte.

Par exemple, lorsque le couple veut divorcer, l’obscurantisme peut ressurgir dans la façon de gérer le conflit. En ce sens, l’homme peut divorcer de sa femme sans respecter la bienséance : sans prendre du temps supplémentaire avant de prendre une décision définitive, sans consulter les deux familles pour essayer d’arranger les choses, et si la décision est maintenue, sans s’engager à soutenir financièrement l’éducation des enfants, etc.

L’obscurantisme dans la vie de famille

Dans la vie de famille, l’obscurantisme peut se manifester dans les relations entre frères et sœurs. Par exemple, enfants, des frères se jalousent et se disputent l’amour de leurs parents. Certains parmi eux, par ignorance, sont capables du pire envers leurs propres frères. Tel était le cas des frères de Joseph (paix sur lui) qui voulaient avoir l’attention de leur père. Ils ont laissé leurs passions, leur jalousie leur dicter leur conduite. Ils ont alors tenté de tuer leur petit frère. Plus grand, Joseph est devenu ministre. Il a reçu la visite de marchands qui se sont révélés être ses propres frères. Ces derniers ne l’ont pas reconnu. Joseph leur dit : « Savez-vous ce que vous avez fait de Joseph et de son frère alors que vous étiez ignorants (jāhilūn) ? » (Coran 12 : 89).

La jalousie est un sentiment qui peut animer n’importe quelle personne. Mais prendre la jalousie comme moteur pour agir, est un acte obscurantiste, car c’est laisser une valeur destructrice nous pousser à commettre une injustice.

L’obscurantisme dans la vie sociale

Dans la vie sociale, l’obscurantisme, ce peut être participer à des discussions totalement inutiles, qui tournent très vite à la médisance et à la calomnie (Coran 28 : 55 : « Quand ils entendent des propos futiles, ils s’en détournent »).

Les personnes qui cherchent à vivre selon la volonté de Dieu, c’est-à-dire selon la sagesse, ne se laissent pas embarquer dans des propos futiles ou encore, dans des provocations et des conflits futiles. Ils restent humbles et s’efforcent de se concentrer sur l’essentiel. Ils observent les signes dans l’univers, ils témoignent que Dieu fait tourner le monde, ils font l’effort d’agir en conséquence en se donnant pour les autres, en donnant sans excès, en refusant de donner un faux témoignage, en cherchant à goûter à la joie auprès de leurs femmes et de leurs enfants sans oublier de rechercher la vie dernière… Lorsqu’ils croisent des gens agités par leurs passions, ils réagissent avec grandeur d’âme (Coran 25 : 63 : « lorsque les ignorants leur parlent, ils répondent ‘Paix !’ »).

Conclusion

Abū Jahl ou « le père de l’ignorance » : tel est le surnom donné au plus violent opposant contre l’islam. A lui seul, il concentre toutes les tendances que l’islam veut réformer et rendre meilleures. Qu’est-ce qui en fait le chef de l’ignorance ? Dans sa façon de penser, il suit son égo, ses croyances, ses superstitions, sa tradition, son clan, plus que la vérité. Quand il est amené à arbitrer, il tranche toujours en faveur de son clan au lieu de défendre la justice. Le bien se confond chez lui avec les intérêts de son clan. Sa façon de penser le pousse à multiplier les injustices envers les autres et envers les musulmans notamment. Il ment, il trompe, il humilie, il persécute, il vole, au nom de ses idoles, de sa tradition et de son égo.

De façon plus générale, l’Homme de la jāhiliyyah, c’est une personne brute ou non-civilisée, une personne qui a un caractère dur, qui est grossière, qui vit dans l’ignorance, dans la pensée magique et le conformisme. Elle ne se laisse pas grandir par l’éducation, les bonnes manières, la sagesse et la connaissance.

Al-jāhiliyyah, c’est donc l’ignorance et l’obscurantisme sous toutes leurs formes : les mythes, les superstitions, les opinions sans fondement ; les passions et les désirs incontrôlés ; le doute lorsqu’il cache en fait un renoncement au devoir de rechercher la vérité objective ; l’aliénation, l’imitation aveugle de sa tradition ou de ses chefs politiques et religieux ; la solidarité aveugle avec sa communauté – politique, culturelle, religieuse ou économique – même en situation d’injustice…

Cette conception de la jāhiliyyah était bien comprise à la naissance de la civilisation islamique. La jāhiliyyah était la voie inverse de la civilisation que le Coran et que le prophète venaient former. Par exemple, Ja’far ibn Abī Ṭālib est allé à la rencontre du Négus d’Abyssinie qui l’a interrogé sur le sens de l’islam. Il lui répond : « Ô Roi, nous étions des gens de la jāhiliyyah (de l’obscurantisme) : nous adorions des idoles, mangions la bête non abattue de la façon voulue, commettions des choses impudiques, coupions des liens familiaux, avions de mauvaises relations de voisinage, et le fort parmi nous mangeait le faible. Nous étions ainsi, jusqu’à ce que Dieu nous envoie un messager issu de nous-mêmes » (Ibn Hishām, al-Sīrah).

Pourquoi l’être humain a tendance à préférer la façon de penser ou de juger de l’obscurantisme « hukm al-jāhiliyyah », c’est-à-dire le jugement basé sur les ouï-dire, sur l’opinion infondée ou sur celle de la majorité, sur la tradition, sur le communautarisme ou le nationalisme, ou encore sur les passions personnelles destructrices ? C’est ainsi que Dieu interpelle la conscience de chacun : « Est-ce donc le jugement de l’Ignorance (hukm al-jāhiliyyah) qu’ils recherchent ? Mais qui donc est meilleur juge que Dieu pour des gens qui sont convaincus avec certitude ? » (Coran 5 : 50).

A l’opposé de la voie de la jāhiliyyah, le Coran invite la famille humaine vers une autre voie, celle de la civilisation. Une personne ou une communauté civilisée est courtoise ; elle respecte la bienséance et cultive la connaissance objective et utile à la lumière de la sagesse ; elle a un sens développé du bien et de la justice qu’elle s’efforce d’appliquer dans toutes les situations de la vie quotidienne individuelle et collective.

Reconnaître que Dieu existe, que Dieu est Unique, Créateur de tout, c’est accepter de s’engager dans la voie de la civilisation. C’est ne pas se fier aveuglément à ses acquis, à sa culture, à sa communauté, aux effets de mode, aux idées dominantes de l’époque… C’est accepter de faire l’effort de voir la part de jāhiliyyah (d’obscurantisme) et de munkar (de choses détestables, de mal) dont toute époque, toute société et toute communauté humaine est porteuse. C’est accepter de s’ouvrir à une sagesse universelle plus grande et plus juste que l’opinion d’une personne, que la tradition d’une communauté ou d’une époque. C’est préférer la connaissance à l’ignorance, la sagesse à ses passions ou à celles de sa société.

Aujourd’hui, résister à la jāhiliyyah, c’est faire l’effort de résister à tout ce qui conduit à une injustice dans sa façon de penser, d’agir et de vivre. Quel effort devons-nous donc faire pour civiliser les valeurs, les idées, nos habitudes, les tendances et les actions qui nous poussent vers un obscurantisme moderne ?

Quelles sont les formes modernes d’obscurantisme et de barbarie ? Edgar Morin avait compris que la barbarie n’est pas du passé mais se manifeste à chaque époque : « Les plus anciennes barbaries s’emparent depuis toujours des plus récents progrès techniques » (cité dans Portnoff & Sérieyx, 2019, Alarmes, citoyens ! – Sinon, Aux larmes !, Éditions EMS).

Par exemple, la généralisation de la solitude sous ses différentes formes – le célibat, les divorces et les maisons de retraite… – ; et la crise de la relation Homme-Dieu-Nature qui a conduit à la crise écologique planétaire : n’est-ce pas là des formes modernes de barbarie et d’obscurantisme ?

Ou encore, au 21e siècle, où se développe la société de l’information, le numérique, la nouvelle économie de la connaissance, l’intelligence artificielle… : n’est-on pas face à une nouvelle forme d’obscurantisme qui se manifeste par la paresse, par le conformisme, par l’incapacité à appliquer un jugement critique et éthique, et par la manipulation économique et politique de l’information sur la vie privée ?

Ainsi, sortir de la jāhiliyyah ou de l’Obscurantisme, civiliser l’Homme et la vie en société, cela reste le défi de toute génération et de toute époque, y compris la nôtre.

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